Petite anecdote du premier janvier 2014, ma rencontre avec un loup dans les Alpes, en Haute Savoie.

 

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En vacances dans un très agréable chalet de moyenne montagne, au col du Feu près de Lullin, je pars ce premier janvier 2014 faire une rando-course dans la forêt, près de la chapelle d'Hermone pour ceux qui connaissent le coin. La température à 1100m est proche de 0C°, la neige est humide, et par endroit assez profonde. Je prévois de faire cette sortie en 2h/3h au vue de l'itinéraire que je me suis fixé. Je pars avec mon smartphone et l'application "MyTrails". J'ai acheté l'abonnement à IGN (pour 15€) et j'ai la carte au 25 000ième en ligne sur le smartphone. Je décide de faire une grande boucle et de revenir par le GR « le balcon du Léman » qui surplombe le lac Léman.

Me voilà parti en direction de la chapelle d’Hermone,  en chaussure de route, mes Nike Pegasus.

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Je quitte très rapidement le GR "le balcon du Léman" pour me trouver sur des chemins balisés couleur jaune, de pays je suppose. Puis avant d’arriver sur la crête pour rejoindre le GR, je bifurque direction « les Combes ». De beaux paysages de neige, pratiquement pas de traces, peu de gens sont passés par ce sentier, je m'enfonce assez souvent, à hauteur du mollet, mais le parcours est tout en descente, donc pas de difficultés, et cela me renforce les chevilles. Puis je me retrouve dans des prairies toujours en descente. Bientôt plus que la trace d'une personne en raquette et à côté des traces d'animal. Je n'y prête tout d'abord pas attention, et en arrivant vers une ferme de montagne, je regarde d'un peu plus près. L'empreinte est plus récente que la marque des raquettes est assez impressionnante : 5 coussinets et le diamètre de l’empreinte est égal à la longueur de la poignée de mes bâtons. En arrivant près de la ferme, je m'attendais à trouver du monde et un gros chien de ferme, mais rien, c'est une des fermes étable de montagne fermées pour l'hiver.

Loup

Puis plus de traces du tout, si ce n'est de quelques animaux, genre lièvres. J'arrive à environ 900m d’altitude, la progression est encore facile. Mais difficile de trouver mon chemin. Je consulte mon smartphone, plus de carte, j'ai bien le tracé GPS, mais je ne sais pas bien où je suis par rapport au chemin balisé. Je ne suis pas pour autant perdu, mais hors sentier. Je pars tout droit dans la pente pour rejoindre le GR qui est quand même vers 1300M/1400M, et à partir de cet instant la progression devient difficile. Je glisse dans la pente, je suis dans une prairie, la neige est assez profonde, elle m’arrive souvent jusqu'aux genoux. J'ai les pieds trempés, mais pas froid du tout. Je me dirige alors vers une ferme que j'estime être le lieudit "les Combes", fermée elle aussi pour l'hiver. Effectivement, une pancarte m'indique que je suis au bon endroit.

sous-bois

A l'arrivée, je retrouve le balisage jaune, ouf, plus qu'à le suivre pour me rendre sur le GR. Je progresse toujours pleine pente, enjambe des troncs de sapins coupés qui sont en travers du chemin, et le sentier devient un peu plus roulant, je me remets à courir. Un croisement, deux variantes pour rentrer, pleine pente pour rejoindre le GR ou toujours à flanc de montagne pour me rendre directement à la chapelle d'Hermone, je suis à peu près à 1200m, je pars pleine pente, histoire de faire des cuisses et d'allonger un peu le parcours.

Au bout de 10 mn, je tombe sur des coupes, de gros troncs d'arbres, la pente est très accentuée, je tiens difficilement debout, je progresse vraiment doucement dans cette coupe, parallèlement à la crête. Il faut dire que je suis le seul à être passé dans ce coin depuis longtemps, juste une petite trace à peine visible. Toujours rien sur mon smartphone. Puis soudain plus de point jaune, plus aucune trace. (le chemin bifurquait à 180° et avec les coupes je ne l’ai pas vu) Cela fait plus de 2 heures que je suis parti. Je suis à plus de 1250m, peut être même au dessus de 1300M, je me souviens avoir regardé l'altitude sur ma montre Garmin et me dire que je n'étais plus très loin, le point culminant du GR est à 1420m sur cette portion. Ne voulant pas revenir sur mes pas, je repars pleine pente, très pentue et beaucoup de neige, souvent jusqu'en haut des cuisses. En progression, les souvenirs des empreintes me reviennent en mémoire. Je me dis que ce n'est pas le moment de me retrouver face à un chien errant, je me sens vulnérable, pas très rassuré, je m'enfonce toujours beaucoup, je glisse très souvent. Je crains surtout de me blesser, glisser contre un sapin, et puis tout en avançant, me revient encore à l'esprit les empreintes que j’avais aperçues peu après le départ, peut être celle d'un loup?, il doit y en avoir dans la région, je vérifierai en rentrant. 

J'aperçois plus haut la pente qui commence par s'arrondir, je ne dois plus être très loin. Puis j'entends des grognements, assez nets, pas très loin, (difficile d'évaluer mais 200/300m max, peut-être moins) mais que je n'arrive pas à identifier, que j'attribue à des sangliers. Je n'attends pas, demi-tour, pas de risques inutiles, à fond pleine pente, comme je peux, deux/trois glissades sur les fesses. Il faut dire que je n'ai pas rencontré âme qui vive sur ces deux heures et demi de sortie, que je suis totalement hors des sentiers et que ce n'est pas le moment de me blesser. Je dévale pleine pente, comme je peux, espérant croiser le chemin en contre bas qui rejoint la chapelle d'Hermone. J'essaie dans ma petite panique de maîtriser ma vitesse, mes glissades, car les troncs des sapins coupés ont des branches très saillantes, il ne s’agit pas de m’empaler

Croisement

Finalement je me retrouve toujours hors sentier, mais cette fois hors coupe et sur un terrain moins pentu. Plus de grognements, cela devait être des sangliers, j’en ai rencontré quelques fois au cours de mes sorties. Je trottine un peu en restant sur un base de 1200m/1250m d’altitude, face au soleil (le col du feu est plein ouest). J'ai hâte de retrouver le GR. Puis de nouveau des sons rauques, plus proches, un peu en arrière et un peu plus haut, un corbeau? non, des aboiements de chien, de gros chien!! Je ne dois plus être trop loin du GR et je me dis que les gens qui se baladent devraient faire attention à leur chien. Puis les aboiements, assez réguliers,  se rapprochent, cela ne vient plus du GR, mais de la forêt dans la pente. En quelques secondes, l'image des traces, les reportages sur des loups réintroduits, j'imagine une meute en chasse, je grimpe sur le premier arbre venu. Pas top cet arbre pour monter, pas très gros non plus, mais je me dis que je peux encore monter d'une branche au besoin. J'entends toujours les aboiements qui se déplacent très vite vers la pente mais toujours à la même distance. Je me concentre, il semble n'y avoir qu'un seul animal, puis les aboiements viennent vers moi en dessous en formant un arc de cercle dont je suis le centre. Puis soudain, un laps de temps très court, j'aperçois durant quelques secondes, entre les sapins, la silhouette d’un loup qui court à environ 70m juste en dessous de moi. Plusieurs sentiments me traversent l'esprit : je sais maintenant à qui j'ai affaire, je suis assez content d'avoir vu un loup (j'ai encore une attestation de récompense attribuée  à mon arrière-grand-père pour avoir tué un des derniers loups de Lorraine, le dernier selon les dires de ma mère, ce n'est pas le moment de rétablir un équilibre !), et à priori il n’y en a qu’un.

Je me pose vraiment la question, est-ce que je vais rester sur cet arbre? pour combien de temps? Le loup doit être seul, avec mes bâtons, je ne crains pas trop, mais si il y en a plusieurs....

Les aboiements continuent en s'éloignant un peu plus profondément, je descends et pars, à fond vers le haut et l'ouest, presqu'à l'opposé des derniers sons. Très vite je retrouve le GR, je n’en n’étais plus très loin. Il est plus de 16h , je me dis que je ne verrai plus grand monde sur le GR à cette heure. Je fonce vers la chapelle, passe un croisement, je fais en fait du fractionné, c'est toujours cela de pris. Et brusquement, les aboiements reprennent et se rapprochent très, très vite de moi. Un coup de chaud!! Un bel arbre plus costaud cette fois à portée, je n'hésite pas. Dans la précipitation, j'en perds mes bâtons. Mais là je suis bien calé, confortablement installé, prêt à y passer la nuit, et à prendre des photos. Le loup n'a pas dû passer bien loin, je m'attendais presque à le voir, mais il est toujours resté à une distance respectable. Il a fait un grand cercle autour de moi, traversé le GR, puis les aboiements sont devenus plus lointains et ont cessé, pratiquement lorsque l'animal était à la verticale dans la pente. Je descends alors de mon arbre, prends mes bâtons, et file à grandes enjambées. Je ne l'entends plus, j'accélère, des fois qu'il rappelle ses copains et décide de faire de moi son repas de Nouvel An, c'était plus rassurant lorsque je l'entendais.

Au bout de 3/4mn, je commence par reconnaître les lieux, je suis au pied d'une petite montée, à une 100aine de mètres de la chapelle d’Hermone, certain que le loup ne s'aventurerait pas jusqu'à cet endroit assez fréquenté. (ce n'est pas les Champs Elysées, mais toujours un couple ou deux dans l'après midi, ou des randonneurs isolés,  venant admirer le paysage)

J'échangent quelques mots avec un groupe, ils ont bien entendu les aboiements du loup.

Leleman

Je rentre alors en trottinant avec un vrai soulagement, et très heureux aussi d’avoir subi cette petite aventure. Je ne suis pas certain que je m’aventurerai seul aussi profondément les prochaines fois, hors des sentiers fréquentés. 

Je ne sais ce qu’a voulu me dire ce loup.  En tout cas, je suis persuadé qu’il m’avait repéré et qu’il savait très bien où je me situais. Il a croisé mon chemin par deux fois et a pratiqué un large cercle autour de ma personne en lançant des aboiements  réguliers sur les ¾ du périmètre.

J’ai essayé de retrouver des traces le lendemain, mais une légère chute de neige et un net redoux ont bien modifié les lieux.

PS : En vérifiant mon smartphone et l’application « MyTrails »,  le paramétrage du choix des cartes a été changé involontairement et je n’avais plus en ligne les cartes IGN, mais des cartes d’un autres pays.
J’avais bien fait de prendre également ma montre Garmin Forerunner 305, car j’ai toujours su à quelle altitude j’évoluais et où je me situais par rapport au départ (tout comme le GPS MyTrails) et surtout d'être parti avec mes bâtons....Un petit regret, ne pas voir pu le prendre en photo